Chronique de Jerôme Kassa

Chronique de Jerôme kassa : Quand le Burkina ennoblit les coups d’Etat

today14/03/2022

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    Chronique de Jerôme kassa : Quand le Burkina ennoblit les coups d’Etat Jerôme Kassa

Les avocats de Compaoré, jusque-là  convaincus, mieux que quiconque, qu’ils étaient en vaine balade d’effets de manche, s’arc-boutent soudain, piochent dans  la double investiture de Damiba à la présidence du Burkina Faso,  matière à abandonner les charges  d’atteinte à la sûreté de l’État et d’assassinat retenues contre leur client de luxe et ses co-accusés. De quoi prier  poliment les juges de rentrer chez eux et en même temps qu’eux, suite logique, Gilbert Diendéré et compagnie. Plus rien à se mettre sous la manche, vu qu’avec le cas Damiba, un putsch n’a plus valeur d’infraction, qu’un  coup d’Etat est désormais chose normale au pays du Moro Naba.

Hier critiqué, décrié, condamné, aujourd’hui, le circuit est en passe d’être ennobli. La différence,  c’est qu’aujourd’hui, on prête serment devant le garant de la Constitution qu’on a soi-même foulée aux pieds quelques heures plus tôt. Visiblement, le pays qui a tout d’un  havre des coups d’Etat, n’a pas fini en ce début d’année de nous gaver de ses biscuits  pas ordinaires. Opérez-y un coup d’Etat et, très vite,  courez chercher la gomme de la prestation de serment pour  l’absolution instantanée et totale. Dès lors,  vous pourrez rouler à plein gaz,  et avoir à vos pieds tous les Burkinabé. Ainsi, on pourrait à la limite,  s’attarder sur le volet assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, mais là, c’est une autre paire de manche, car, vu comme  consubstantiel. Le crime serait alors à ranger dans le casier des dégâts collatéraux et donc, banalisé. L’on peut y fermer les yeux donc. 

L’argumentaire  des avocats qui n’a rien d’un mouvement d’humeur prend pied dans l’antre même du Conseil constitutionnel, le même qui,  en validant par deux fois en quelques jours, le coup de force du 23 janvier, a revêtu du sceau de la légalité,  la dérive, certifiant ainsi sa qualité d’une institution  inconséquente, pour avoir reçu  le serment d’un putschiste  sans égards pour elle et sa science. Vous avez dit Cour  ou Conseil  constitutionnel? Oh ! Ça fait une éternité que la plus haute juridiction des pays  par ici en espace francophone a déposé le tablier en matière de crédibilité et de dignité. C’est dire que,  avoir renversé et éliminé Sankara, relève de la tradition et  ne devrait émouvoir nulle âme ;  que  tout putsch cesserait d’être une infraction dans ce pays coutumier des accessions au pouvoir extra urnes. Des origines à nos jours,  les coups de Lamizana, de  Zerbo, de Ouédraogo,  de Sankara, le même,  comme celui de Compaoré  et le tout dernier de Damiba,   tiennent donc de la normalité, même   si  tous  ces tenants sont des chefs d’État non  élus.

Cette   magie de l’onction des coups d’Etat  en téléchargement  vient porter un coup d’arrêt aux élans de la Cedeao, à qui le  Burkina  arrache ainsi  l’occasion de blâmer les coups d’Etat de retour dans cette région dont  la  giga prédilection pour la dérive est connue.  Alors, qui  viendra désormais condamner ce qui est  reconnu par l’Etat lui-même comme un mode naturel  d’accession au pouvoir ? Dans le couloir  des arguties du droit, il est à redouter que le mouvement se poursuive. Que  les autres qui se croient l’abri, se sachent désormais exposés, eux qui  comptent  sur la Cedeao pour les sortir d’affaire et  raffermir leur pouvoir, via un protocole additionnel déjà dans les allées de l’institution.   Le cas burkinabè  vient de leur indiquer que pour échapper aux putschs, ils ne doivent compter que sur la bonne gouvernance,  renouer avec les admirables mœurs  de pluralisme des lendemains de conférence nationale. Oui, plus  de condamnation de la très décriée Cedeao  quand viendra leur tour. 

Peut-on juger un coup d’Etat sous un régime issu lui-même d’un coup d’État ? Question casse-tête  pour le Conseil constitutionnel  burkinabè empêtré dans la gadoue, et dont personne n’envie le sort par ces temps. Sûr qu’il souhaite que  ce tout petit mois qui lui est imparti soit éternel. En attendant, j’imagine le beau  Blaise aux gonades complètement en dedans,  en train de  bénir son successeur dans le circuit d’usurpation du pouvoir par voie martiale,  pour avoir réglé les comptes à ce Kaboré qu’il doit certainement maudire  tous les jours comme son traître de tombeur,  et de bloquer dans les airs  le procès dont il brûle de sortir  tout blanc. Quand la plus haute juridiction du pays entérine un coup d’État ! Hum ! Pourvu que les  putschistes en échauffement ou aux aguets n’y voient une invite à l’action.

Quand le Burkina ennoblit les coups d’Etat

Écrit par: Jerôme Kassa


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