Chronique de Jerôme Kassa

Gambie – Transition éternelle : Chronique de Jérôme Kassa

today02/12/2021

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Gambie – Transition éternelle : Chronique de Jérôme Kassa

Le samedi  4 décembre,  les Gambiens retournent aux urnes pour en sortir celui qui va conduire leur destinée les cinq prochaines années. Dans le starting-block,  un certain Adama Barrow,  à la grande surprise de nombre  de fils du pays et même du continent,  qui avaient vu en cet homme,  à l’aube de son accession au pouvoir,  du nouveau, du beau, voire de l’inédit.  Adama Barrow qui, se souvient-on,  a battu à la régulière celui qui s’était tapé le titre foncier  du plus petit pays du continent africain, à la grande joie, pas des seuls Gambiens,  mais aussi  de l’Afrique toute  entière. Le nouvel homme fort de la Gambie,  est sorti, cette fois,  pas au bout du canon comme son prédécesseur,  mais bien des urnes. Sous le regard et la ferme poigne d’une certaine Cedeao,  pas dans  sa pâle copie de ces dernières années, mais dans la vigueur et la rigueur de l’institution supra,  pas un sou  complaisante.  Qui ne fut pas heureux d’entendre Adama Barrow en 2017, séduisant  par ses premiers mots à valeur d’engagement, qu’il était là juste  pour un temps, celui de mettre son  cher pays  sur les rails de la démocratie et de le hisser au rang de pays respectable ?

Oui, le tout nouveau et bien élu président  gambien, sourire angélique au vent,  jurait en pleine campagne électorale   qu’il venait juste assurer une minuscule transition de trois  petites années. Depuis, celle-ci  n’a pris fin.  C’en n’est plus du tout une. L’homme a fait une croix rouge sur cette transition et  est en train  de finir paisiblement son mandat, un,  plein et entier et, comble de l’inimaginable venant de lui,  le voici en chaudes foulées pour en redemander, lui dont la panse politique s’est redimensionnée au contact du pouvoir.  Comme ce mot de seulement deux syllabes change !

Élu pour un mandat de cinq ans à la tête d’une coalition de partis d’opposition, dont le Parti démocratique unifié (UDP) de son vice-président,  Adama Barrow revient  sur sa promesse électorale de se retirer au bout de trois ans, déchirant  la charte fondatrice de la « Coalition 2016 » qui l’a positionné chef d’un  gouvernement provisoire pour  faire   place 3 ans plus tard à une élection présidentielle anticipée, bien sans lui, mais,  ouverte à tous   les candidats de l’opposition,  dans des conditions libres et démocratiques. Le prenant au mot, un mouvement de partis politiques et d’organisations de la société civile lui rappela,  en décibels stridents, avec à la gueule, l’opération  « Three Years Jotna » c’est-à-dire  (« Trois ans, il est temps » dans un fondu  d’anglais et de Wolof), qu’il doit se retirer à la date du troisième anniversaire de sa prise de fonction, le 19 janvier 2020,conformément à son engagement à valeur de serment. Mal en a pris au consortium de rappel à l’ordre.

 Barrow met une barre à leur objection,  étale son dédain pour la parole donnée, et bien plus, marque crânement son intention de poursuivre et de boucler son cher mandat, expédiant au bagne une centaine de manifestants, avec la  ferme promesse   de ce qu’il a appelé des « conséquences graves » à tous les sociétaires du «  Trois ans, il est temps », très vite frappé de crime de lèse-majesté et donc d’interdiction. Bien plus,  il jure, sans égard pour son honneur,  et sans aucun résultat        sérieux pour son pays, de se mettre dans la course pour la  présidentielle de  ce 4 décembre 2021. Barrow venait de prendre attache avec la répression, le sport favori de son prédécesseur, montrant son vrai visage de Jammeh en devenir.

Pour asseoir ses desseins,  Barrow échafaude un projet de nouvelle constitution, avec la noble option de séparation étanche des pouvoirs, et surtout  l’instauration d’un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois, contre un, consacré par  l’ancien texte. Seul couac,   la question de la rétroactivité de la limitation à deux mandats, qui lui permettrait éventuellement d’effectuer un troisième mandat, divise le Parlement, avec au cœur,  la prise en compte ou non du mandat débuté sous l’ancienne copie de la loi fondamentale du pays. Et c’est cet homme qui  depuis, a  évacué   de son vocabulaire  l’expression transition, qui brûle de  s’inscrire dans le pouvoir d’éternité, déclenchant chez ses compatriotes, la soif de partager avec eux, les dessous de ses talents cachés  de girouette. Lui qui n’avait pourtant pas faim, prospère dans l’immobilier, porteur d’un dessein noble pour son  pays, le voici accroché au pouvoir et prêt, qui sait,   à y mourir, fût-ce au prix de pactes avec la famille politique du même Jammeh.  Adama Barrow  n’est pas différent de ceux qui  se sont engagés  à  ne faire qu’un et un seul mandat et qui depuis,    veulent mourir au pouvoir,  ou de ceux qui  ont juré  que leur second mandat  était  le tout dernier, mais  qui , subitement,  s’en tapent un 3e qui n’est peut-être pas le dernier.

Eh oui, c’est aussi cela le pouvoir par ici. Dupliquer le gros péché de son prédécesseur au nom  duquel on  a chaudement sollicité le concours de ses concitoyens pour l’éjecter et s’installer élégamment en ses  lieu et place. Et voici que ces fils du pays  réalisent que la copie qu’ils  prenaient pour originale,   n‘en était qu’une postiche, sous un vernis bling bling. Qu’ils  se ressemblent, les politiques sous nos cieux ! Les  successeurs, hélas,  pires que leurs prédécesseurs. La parole  donnée en politique,  l’affaire de ceux qui y accordent foi, a prévenu l’autre.

Écrit par: idealwebradio


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Titres à la Une du 02 Décembre 2021 La revue de presse du Bénin présenté par Jerôme Kassa : 10h00, 18h00, 23h00, le Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi #IdealWebRadio #JeromeKassa #revuedepresse https://www.youtube.com/watch?v=qRuqHtD7eWI

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