Chronique de Jerôme Kassa

Chronique de Jerôme Kassa : Un ministre, ça la boucle au pays de Doumbouya

today06/01/2022

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    Chronique de Jerôme Kassa : Un ministre, ça la boucle au pays de Doumbouya Jerôme Kassa

Le colonel Doumbouya ne cache pas son aversion pour les âmes pas dociles, prêtes à exécuter le garde-à-vous devant toutes ses décisions, lui, tout puissant colonel, décidant du sort de la Guinée en ces heures. Sans état d’âme, il vire la ministre de la Justice fraîchement nommée. Fatoumata Yarie Soumah, visiblement pas béni-oui- oui, égale à elle-même devant tout grade et galon et n’ayant pour boussole que la foi en sa science, n’a point caché sa stupéfaction de voir la présidence, l’ignorant proprement, battre le rappel des magistrats pour discuter de la politique pénale du gouvernement. Noble intention certes, mais, sans qu’elle en ait eu vent, la responsable voit le ciel lui tomber dessus. Crime de lèse-ministre tonne-t-elle, au grand courroux de Doumbouya. Un Doumbouya, peut-être pas macho, mais visiblement adepte de la soumission plate et bête, qui a lu dans les propos de cette forte gueule, de l’arrogance, incompatible avec les usages militaires.

Sans gants, il annonce les couleurs. Beaucoup plus à l’endroit du Premier Ministre, vu comme celui qui a ouvert la voie. Celui-ci, il y a quelques semaines, souvenons-nous, fils de son père, à visage découvert, a marqué son désappointement devant la décision du Colonel en chef de rebaptiser l’aéroport de Conakry du nom de l’ancien président, Ahmed Sékou Touré, tiraillé entre les controversés titres de père de l’indépendance et d’autocrate endurci. Lui, tout Premier Ministre, ni consulté, ni associé dans la prise de cette décision, s’est publiquement désolé Béavogui. Ce motif de frustration ne serait pas le premier pour l’homme selon son entourage qui souffle que c’est ce qui manque le moins dans son quotidien. Oui, Sékou Touré, combattant anticolonialiste de renom, mais de sinistre réputation en matière de Droits de l’Homme. Une réputation pas du tout connue de Doumbouya fils, né au crépuscule du règne du tueur de Diallo Telli, et qui, tout au plus, n’en sait que de par les faibles échos à lui relayés. Ce n’est pas le cas de Mohamed Béavogui qui en a su et vu de ce Sékou, au point de justifier son dépit. Il n’est pas éjecté, mais reçoit, via sa ministre de la Justice, un signal fort pour se résoudre à la boucler, s’il tient à travailler avec les nouveaux maîtres de Conakry. Son éviction paraîtrait renversante, s’est peut-être ravisé le colonel, en attendant son prochain « toupet ».

La démarche des militaires tient peut-être d’une logique qui ne saute pas aux yeux à première vue. Les putschistes, sachant où ils vont, ont certainement voulu échanger avec les professionnels de la justice, loin de leur hiérarchie, comptant y gagner en franchise, en confiance et en sincérité, pour des résultats nobles. Mais, fallait-il pour cela, faire ça, à une femme qui a du cran et un sens élevé de la République ? Dire : je ne suis pas d’accord, même au chef, c’est de la dignité ça, de l’affirmation de sa personnalité. C’est de cette catégorie de femme qu’a besoin l’Afrique nouvelle. Mais, visiblement, pas Doumbouya.

Et voici en train de s’entrechoquer deux conceptions du pouvoir. La première qui tient des uns, débarqués au pouvoir sans y être préparés, habitués à décider et à se faire obéir, et la seconde, des rompus aux circuits de la haute administration. Une certitude, Béavogui, pas militaire, vient de recevoir un signal fort : s’exécuter ou démissionner. Lui qui est aujourd’hui en face d’une équipe dont des actes commencent à appeler bien des interrogations, voire des déceptions, parce que, viscéralement anti- contradiction.

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Écrit par: Jerôme Kassa


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