Chronique de Jerôme Kassa

Chronique de Jerôme Kassa : Même coupable, et après ?

today09/03/2022

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    Chronique de Jerôme Kassa : Même coupable, et après ? Jerôme Kassa

Le cri de détresse de l’épouse de Soumeylou Boubèye Maïga déchire le ciel malien et résonne fort hors frontière. Son cher époux, ancien ministre de la Défense et ancien Premier ministre est en danger de mort. Disons-le tout crûment. L’homme est soupçonné de corruption et de favoritisme dans deux affaires distinctes : à savoir l’achat d’un avion présidentiel et l’acquisition d’équipements militaires en 2014. Dans les liens de la détention depuis le mois d’août dernier, Soumeylou Boubèye Maïga est cloué sur place, dans une clinique de Bamako où, foi d’un collège de médecins et d’un Conseil de santé, le plateau technique ne permet pas sa prise en charge efficiente. Le système sanitaire du pays ainsi éprouvé, les officiels n’ont point de raison de tourner dos à l’urgence de l’évacuation de l’indésirable bagnard grabataire qui, depuis sa détention, aurait déjà perdu plus de 23 précieux kilos. De quoi le coincer dans un état de santé critique. Son pronostic vital serait même engagé, s’inquiètent les siens, avec en première ligne, son épouse. Toutes les démarches entreprises en vue de son évacuation sont « restées lettre morte », dénonce dame Maïga.

Et pourtant, Goïta continue de jouer les sourds, les impavides, jusqu’à mettre en péril la vie de celui dont la justice, jusqu’ici, n’a pas encore établi la culpabilité. Une justice qui, elle non plus, visiblement, n’est pas pressée puisqu’à cette minute, aucune date n’a encore été fixée pour les procès d’un homme qu’on s’est dépêché d’aller chercher. Face à une situation qu’elle juge à raison inhumaine et intenable, ça commence à faire long, s’indigne l’épouse de l’illustre prisonnier, en prenant à témoin la communauté, vu que sur place, aucune voix n’éveille l’écho de ce drame qui se joue sur la vie d’un être humain.

Parce que mêlé dans une affaire pas claire à ses yeux, et qui garde encore ses mystères, Goïta se tape le droit de vie et de mort sur ce compatriote. Et ça se passe sous les yeux d’une Cedeao qui n’a d’yeux que pour un agenda, pas pour les hommes. Soyons clair, personne ne demande d’absoudre Soumeylou Boubèye Maïga, mais seulement le respect de ses droits, de sa vie qui n’est pas en dessous de celle des nouveaux maîtres du palais de Koulouba. Qui pèche doit payer certes, mais encore faut-il établir la culpabilité, situer les responsabilités. Ce qui ne relève nullement de l’humeur d’un barbu en kaki, mais seulement, oui, seulement de la justice. Oui, il faut attendre que la justice fasse son travail, et que le poursuivi paie, si sa culpabilité est établie. Mais avant, a-t-on le droit de faire ça ? Et même condamné, tout détenu n’a-t-il pas droit à la santé ? Ce que demande ici dame Maïga, ce n’est point de rattraper ses longues nuits passées seule dans un lit conjugal tout froid, mais simplement le respect d’un droit fondamental de tout être humain, le droit à la santé.

Ainsi, parce qu’on est aux affaires, qu’on détient le pouvoir, on banalise la vie de ses compatriotes, on s’autorise tout, même l’abject, l’inhumain, on ne recule devant rien, en toute conscience que, même le premier des gangsters de la planète, simplement du fait de sa qualité d’être humain, a des droits, particulièrement, le droit à la santé. Non négociable. Goïta et compagnie, vous qui prenez un triste plaisir à vous opposer à l’évacuation de votre compatriote, que voulez-vous à la fin ? Pour juger et punir un indélicat, il vous faut bien avoir devant vous un être vivant, pas un macchabée parbleu ! La lutte contre la corruption que vous voulez dissuasive et pas sectaire, qui place tous les citoyens en ligne égalitaire, passe par des exemples sur pièce vivante, pas sur des cadavres n’est-ce pas ? Sûr qu’Assimi a assimilé.

Chronique de Jerôme Kassa : Même coupable, et après ?

Écrit par: Jerôme Kassa


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