Chronique de Jerôme Kassa

Chronique de Jerôme Kassa : Encore un !

today31/01/2022

Arrière-plan
share close
  • cover play_arrow

    Chronique de Jerôme Kassa : Encore un ! Jerôme Kassa

Le sort de l’Afrique de l’ouest ces derniers temps est fort préoccupant. Peu à peu, le feu des coups de force embrase ce quartier du continent. Est-ce la saison des retours? Beaucoup en sont persuadés. L’échec des civils, champions de la mauvaise gouvernance, le lot des tristes décisions de justice connues avant procès contre les opposants, le tout aggravé par l’invasion des terroristes, ce sont autant d’éléments constitutifs du terreau fertile sur lequel fleurissent ces incursions réussies de soldats sur la scène politique, vues par bien des peuples comme salutaires, parce que, mettant un coup d’arrêt aux dérives qui plombent chaque jour davantage la saison démocratique ouverte en grande pompe en 90 sue le continent.

Ainsi, vient de compléter le tableau, le Burkina qu’on a tôt fait de croire épargné, avec l’arrestation de Zoungrana et compagnie, soupçonnés de vouloir changer l’ordre constitutionnel dans ce pays qui traîne, il est vrai, un sort pas enviable, avec des populations à l’abandon, prises en tenaille entre des jihadites impénitents et un pouvoir incapable et sans égard pour les forces de défense et de sécurité. Trop d’ingrédients pour ne pas se laisser aller au pessimisme.

Coup d’Etat au pays des hommes intègres, contrairement aux cas malien et guinéen, perpétrés comme tout bon putsch à la surprise générale, beaucoup ont vu venir celui du Burkina, y compris le grand Kaboré, qui l’a certainement banalisé. Lui qui croyait se sortir d’affaire en relookant son gouvernement, découvre soudain que sa thérapie n’est que placébo, sans prise sur son peuple, le même qui a déchiré son couvre-feu ainsi que l’assurance de moineau de son ministre des armées encore dans les vapes qui déclarait en plein putsch: « Aucune institution de la République n’a pour le moment été inquiétée ». Venant d’un général, c’est l’aveu qu’il a perdu pied !

Les Burkinabè ont retiré leur confiance à ce Kaboré qui n’a rien d’un roc, et qui a pour marque d’être le seul de son plumage à voir venir le mal qui pourrait lui coûter la vie et le laisser prendre corps. Il s’est amusé du détonnant cocktail qu’il a pourtant vu poindre, gronder, s’affermir, fermenter pour enfin lui faire boum à la figure.
Kaboré est en train de faire le constat, pas heureux, que sa tchatche et son ménage n’ont rassuré que lui seul. Pas le peuple burkinabè qui, en ces heures, a beaucoup plus besoin de sécurité et de paix intérieures. A preuve, il a vu ce peuple lui rendre la monnaie de sa pièce, en l’abandonnant à son tour, portant plein les rues de Ouaga, un ban aux putschistes, un peu comme pour dire qu’il préfère la sécurité avec un pouvoir d’exception au spleen dans une démocratie qui n’assure pas le pain et la sécurité.

Deux mérites tout de même dans ce tableau : un premier, qui va au président déchu, très humble, pas du tout fou du pouvoir, se sachant pas au-dessus de son peuple, qui n’a pas joué les difficiles pour consommer sa destitution, si attaché à son pays comme le traduit son non merci à ceux qui lui ont offert exfiltration et confort. Son mandat écourté, il sait qu’il y a une vie post pouvoir, certain que dans un futur proche ou lointain, il pourrait servir autrement ce pays qui lui est si cher.

Le second mérite est pour la junte qui a opéré en faisant le moins possible de casses, certifiant ainsi son appartenance à cette nouvelle génération de putschistes, rompue dans l’art de cueillir à froid et de préserver la vie des chefs détrônés. Totalement différents de leurs aînés qui, dans ce rôle il y a quelques années encore, ont plutôt tristement brillé dans les bains de sang qui sanctionnaient invariablement ces changements brutaux de pouvoir.

Et si la Cedeao qui ne s’est jamais aussi mal portée veut ici aider à quelque chose, elle doit être la Cedeao des peuples, pas l’autre, vomie, huée, du syndicat des chefs d’Etat, grande consommatrice des coups d’état constitutionnels, mais curieusement hyper allergique à l’alternance par le canon. L’heure n’est surtout pas à une réédition d’Accra avec ces cyniques sanctions décriées de partout, parce que porteuses de plus de malheurs pour le Malien lambda.

Mais déjà, voici le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration aux commandes. Pour quels changements pour les Burkinabè? Les nouveaux maîtres ont-ils la solution contre le mal jihadiste, eux qui voient s’époumoner à longueur de mandats, le Général du Nigéria dont le grade est tous les jours malmené par les terroristes islamistes. Oui, Kaboré éjecté, vous voici face à la double réalité du pouvoir et du terrain. Damiba, visage d’ange et ses compagnons de sauvegarde et de restauration affirment vouloir « remettre le pays sur le bon chemin » et « lutter pour l’intégrité territoriale ». Noble ça! Mais dans quel délai? Les sociétaires de la junte jurent de faire court, contrairement à leurs pairs d’à côté, prédécesseurs dans le job qui ne paraissent nullement pressés de retourner en caserne. Tout un pari…

Chronique de Jerôme Kassa : Encore un !

Écrit par: Jerôme Kassa


Article précédent

Monde

France : Election présidentielle 2022

La France se prépare à sa prochaine élection présidentielle en 2022. Le président sortant Emmanuel Macron n'a pas encore fait part officiellement de ses intentions quant à une candidature à un second, mais ses proches multiplient les déclarations destinées à préparer les esprits. Au sein des oppositions, certains candidats se sont déjà déclarés mais la droite débat officiellement de l'organisation d'une primaire. C'est le cas également des écologistes qui désigneront […]

today30/01/2022


Épisodes similaires

Commentaires d’articles (0)

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires


0%